C’est à la demande de Jean-Daniel Boxberger, adjoint au maire, que Mme Lucette Husson s’est imposée hier soir comme une conférencière hors pair, lors des dernières Causeries de Candide dédiées à la création de la commune de Chantraine.
Non seulement elle a su partager des recherches rigoureusement documentées, mais elle a surtout captivé, pendant plus d’une heure, un auditoire d’environ une centaine de personnes.
Elle a ainsi remis en question la date de 1495, inscrite sur le blason communal comme première référence historique, en s’appuyant sur des sources précises. Elle cite notamment « une mention de Chantrenne en 1551 dans les Comptes du Domaine de Dompaire : Petitjean Marot, qui tient un gagnage à Chantrenne, paie dix-huit gros de cens à Monseigneur le Duc de Lorraine en échange de la permission de mener ses bestiaux à la vaine pâture dans les bois du ban d’Uxegney. »
Quelques instants plus tard, l’assistance apprend que l’on cultivait déjà du blé à Chantraine pendant la guerre de Cent Ans. Les archives d’Épinal en apportent la preuve : « La semaine de la Sainte-Catherine 1639, des voleurs venus de Jonvelle (Haute-Saône) se sont emparés de charrettes de blé à Chanterenne avant d’être rattrapés et condamnés… »
Plus tard, dans les années 1730, Mme Husson évoque l’existence d’un moulin à huile, situé sur un étang en amont de l’actuel étang communal. On y produisait une huile destinée à l’éclairage, obtenue à partir d’une plante de la famille du chou.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. À partir de 1874, la commune des Forges est divisée en deux sections électorales, chacune élisant six conseillers municipaux. On compte alors 722 habitants aux Brosses et 483 aux Forges. Majoritairement ouvriers d’un côté et cultivateurs de l’autre, les tensions s’intensifient. Après plus de vingt ans de luttes administratives, Chantraine obtient finalement son autonomie le 5 avril 1892.
Les applaudissements nourris de la salle font écho à ceux du public lors du feu d’artifice tiré le 14 juillet 1892 depuis la propriété Payonne, visible depuis le Petit Champ-de-Mars, le pont de la Loge Blanche et le pont de la Bibliothèque. Mme Husson conclut alors avec émotion :
« J’aime à penser qu’il célébrait l’indépendance de Chantraine. »

