Les premiers Chantrainois et leurs activités



Chantraine qui va donner son nom à la nouvelle commune, est en 1888 un écart des Forges composés de terres agricoles et d’un étang de 1,5 hectare, composé de 5 maisons dont une féculerie appartenant à monsieur Pierre Arthur Florion et une fabrique de couvert en fer battu qui vient tout juste de fermer ses portes. Sa population se monte à 34 habitants.

En fait , c’est le hameau des Brosses qui avec ses 40 maisons, son école, ses commerces, sa bonneterie et ses 405 habitants constituera le cœur de la jeune commune qui regroupera les écarts de :
Moscou (58 habitants pour 6 maisons)
Olima (21 habitants pour 2 maisons)
Tante Valentine ( 27 habitants pour 4 maisons)
Camerelle (18 habitants pour 3 maisons)

Sans oublier le hameau de la Tranchée de Bains qui représente 126 habitants pour 24 constructions.

A son installation, en 1892, la commune comptera 1057 habitants et le nombre des construction atteindra 123.

 

L'emploi

Une dizaine de familles possèdent et exploitent des terres agricoles au carré de Chantraine comme les Périsé (8 hectares) ou à la tranchée de Bains comme les Vauthier (11 hectares), la surface moyenne exploitée étant de moins de 3 hectares.

La commune a ses artisans et ses commerçants : le menuisier Holweck au chemin des Princes, le menuisier Diolez grande rue, l’ébéniste Lindenmann à Moscou, le boulanger Hissler aux Brosses, le boucher Dumont en bas des Brosses, le charron Leclerc à la Tranchée…

La féculerie de monsieur Florion à l’étang de Chantraine emploie 4 ouvriers, celle de monsieur Gérardgeorges au lieu-dit la Ferme en emploie 3.

Monsieur Colin exploite une salle de danse au dessus des Brosses, monsieur Galosio en possède également une à Moscou.

Nicolas Dieudonné est cabaretier à Moscou, Nicolas Beaudoin à la Tranchée, Henry Peureux tient le cabaret du Beau Désir.

On compte 7 rentiers et 4 retraités, une seule personne sans emploi.


Les manœuvres représentent un quart de la population active adulte. Les cheminots sont chaque année plus nombreux, ils représentent 10% de celle-ci. Ils seront 17% en 1900, 27% en 1910.

Nombreux sont les Chantrainois qui travaillent à Epinal, comme chapelier chez Kampmann (13 personnes), comme coloriste ou dessinateur chez Pellerin (12 personnes), comme ouvriers aux Grands Moulins…On y est aussi enlumineur, plâtrier, cocher, imprimeur ou employé de bureau.

Les Forges avec ses moulins à grain, ses carrières, la forge Meline et sa tuilerie, offre également des emplois aux Chantrainois, ainsi que Golbey avec ses usines.

 

Le coût de la vie

Un ouvrier gagne en moyen 3500 francs par an. Il consacre 60% de ses revenus pour la nourriture de sa famille. Un manouvrier lui, reçoit de 40 à 50 centimes de l’heure. L’instituteur des Brosses gagne 650 francs par mois, le secrétaire de mairie (à temps partiel) 225 francs par mois.

  Quantité Prix moyen
Pain Bis 1 0.30
Pain Blanc 1 0.40
Pommes de terres 1 quintal 10.00
Beurre 1 kilo 3.00
Fromage 1 kilo 1.20
Viande de cheval 1 kilo 1.00
Viande de bœuf 1 kilo 1.60
Viande de veau 1 kilo 1.80
Poule 1 2.50
Canard 1 3.00
Vin ordinaire 1 15.00
Bois de chauffage 1 stère 2.75
Lessive 1 kilo 0.50
Quotidiens 1 0.10
Affranchissement courrier 1 0.15
Pantalon 1 8.50
Veston 1 11.00
Pardessus 1 19.00
Complet 1 21.00
Vélocipède 1 450.00
Aller-retour Epinal Nancy en train 1er classe 1 14.00
Aller-retour Epinal Nancy en train 2eme classe 1 7.00
Télégraphe le mot 1 0.05
Communication 5 minutes pour Nancy 1 0.50
Communication 5 minutes pour Paris 1 2.50
Près à vendre 15 ares 2850.00
Près à vendre 4,5 ares 906.00

 

L’agglomération se dote progressivement d’installations électriques, le délai d’attente est de 6 mois. Pour une puissance de 10 bougies, le coût est de 50 F ou 60 F par an selon que l’on désire l’éclairage jusqu’à 22h30 ou jusqu’à 24h00.

L’installation d’une ligne téléphonique revient à 200 F pour l’appareil auxquels il faut ajouter 30 F par centaine de mètres de fil, et 150 F d’abonnement annuel.

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L'école des Brosses

Le 9 mai 1866, une demande de la mairie des Forges est présentée à Monsieur le Préfet pour la construction d’une école mixte aux Brosses.

Celle-ci est construite l’année suivante. La même année, le conseil municipal vote des centimes pour rendre l’instruction obligatoire dans les écoles de la commune.

En 1869, une somme de 1250 francs est réservée pour la construction d’un mur de soutènement pour l’école. En 1879, une institutrice adjointe est demandée.

L’école est agrandie. Il y a désormais une école de garçons et une école de filles aux Brosses. Les maîtres sont embauchés à chaque rentrée scolaire et payés en fonction du nombre d’élèves. La loi du 16 juin 1881 rend l’école gratuite. Celle du 28 mars 1882 impose des programmes laïques et l’obligation scolaire aux enfants âgés de 6 à 13 ans.

A la naissance de la commune de Chantraine, , les écoles des Brosses accueillent 139 élèves :
- 87 garçon dans la classe de Monsieur Auguste Hairaye
- 52 filles dans la classe de Madame B.Frechin

Au cours du mois de mars 1892, on relève 466 demi-journées d’absence. Les deux principaux motifs invoqués étant la maladie et l’éloignement par mauvais temps.

Le bâtiment des écoles sera agrandi en 1895.

 

Les loisirs

Ils sont simples. En été, les promenades en forêt. On fait des circuits par l’étang, la vallée d’Olima, le Beau Désir, avec retour par la fontaine des Templiers, la Passée ou plus loin par Notre Dame des 3 vallées et la route de Bains.

A la Camerelle, guinguette en lisière de forêt, on s’y rend pour boire, rire et danser, on y trouve aussi des jeux de plein air : croquet et balançoires pour l’amusement des enfants et la plus grande tranquillité des parents.

Dans la vallée d’Olima, le café-restaurant « Le Beau Désir » offre les mêmes avantages, plus si l’on désire le repas de midi.

 

Dans un ordre différent, certaines manifestations religieuses agrémentent les loisirs de l’époque. Les pèlerinages locaux ou des environs. On partait à pied, pour la journée à Notre Dame d’Archette, à la Chapelle St Michel d’Epinal et ne l’oublions pas à Notre Dame des Trois Vallées.


En ville, Epinal, bien sûr, il y a les soirées théâtrales ou les concert au cours ou au Château, donnés par l’harmonie locale ou la fanfare Alsacienne du Champ-du-pin. La fête d’Epinal, patronale et foraine, attire au cours une foule considérable par ses multiples attractions.


 

L’hiver, le samedi soir, on se rend à la veillée chez des parents ou amis et le dimanche on va patiner sur l’étang dès qu’il est gelé.

Comme on le voit, ces gens simples ont des goûts simples et peu onéreux mais ils prennent le temps de vivre et si en semaine, il faut travailler dur, le dimanche est vraiment le jour du calme et des loisirs, urbains ou agreste mais toujours de bienfaisante détente.

 

Les affaires militaires

Le choix de la position ou du site de Chantraine dès 1885 est assez aisé à comprendre. De vaste espaces disponibles, avant l’urbanisation, peu cher, dans un relief suffisamment tourmenté avec des vallées étroites et profondes pour dissimuler des bâtiments militaires.

Une altitude relative élevée permettant la liaison optique, et surtout une position centrale par rapport au périmètre des forts.

C’est en fonction de ces facteurs que l’on commence à construire en 1885, puis de manière presque continue jusqu’en 1913.

Chantraine concentre sur son territoire la plus grande densité de magasins à poudres, dissimulés dans les vallées boisées avec des galeries creusées dans le grès.

Point haut de la place, Chantraine possède deux installations de communication optiques depuis 1891. Le poste optique de la Cense Billot et celui de jean Clément. En 1908, on installe à la Cense Billot, les quatre grands pylônes supportant l’antenne nappe pour le poste radiotélégraphique de la place, en liaison avec la Tour Eiffel, et visible de partout.

Les grandes casernes dites de Chantraine, bien que situées sur le territoire d’Epinal, sont attachées par la vie de garnison à l’animation et au commerce Chantrainois.

En 1893/1895 construction de la caserne de Courcy et du quartier de Reffye. C’est à Courcy qu’était le fameux 149 ème RI et à Reffye le 62 ème RA. C’est de là que les Chantrainois et Spinaliens sont partis en grand nombre à la guerre de 1914.